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Le Tour du jour en quatre-vingts mondes de Julio Cortázar
Triste date que ce jour, mais magnifique hommage que ce Round Midnight de Steve Lacy !
Quant à moi, après de longues recherches, j'ai enfin trouvé l'enregistrement de Genève en mars 1966 (Live in Switzerland 1966), ce qui me permet de vous livrer la traduction du récit de ce concert fait par Jilio Cortázar et publiée en 1980, une édition elle-même difficilement trouvable hélas. ![]() Julio Cortazar « Le tour du piano par Thelonious Monk » http://www.herencialatina.com/Julio_...o_Cortazar.htm « A Genève dans la journée, il y a le bureau des Nations unies mais le soir il faut bien vivre et soudain une affiche un peu partout qui dit Thelonious Monk et Charlie Rouse, vous comprenez alors le galop au Victoria Hall pour le cinquième rang au milieu, les verres propitiatoires au bar du coin, les fourmis de la joie, les neuf heures qui sont interminablement sept heures et demie, huit heures, huit heures passées, le troisième whisky, […] le vin blanc qui agite ses petites pattes dans les verres, le monde qu’on laisse derrière soi et Thelonious pareil à la comète qui, dans cinq minutes très exactement, emportera un morceau de la Terre, comme dans Hector Servadac, en tout cas un morceau de Genève avec sa statue de Calvin et les chronomètres Vacheron et Constantin. A présent, les lumières s’éteignent avec ce léger tremblement d’adieu qui nous gagne toujours quand un concert commence (nous traversons un fleuve, un autre temps s’établira, l’obole est déjà prête) et déjà le contrebassiste relève son instrument et l’accorde, les balais parcourent brièvement la caisse claire comme un frisson et, venu du fond de la scène en faisant un tour complètement inutile, un ours qui a sur la tête un bonnet mi-turc mi-barrette s’avance vers le piano en posant un pied devant l’autre avec de telles précautions qu’on pense malgré soi à des champs de mines ou à ces plates-bandes des despotes sassanides où toute fleur piétinée était une mort lente de jardinier. Quand Thelonious se met au piano, toute la salle s’assied avec lui et produit un murmure collectif à la mesure de son soulagement parce que l’avancée diagonale de Thelonious sur la scène tient un peu du cabotage phénicien toujours menacé d’échouer dans les syrtes et lorsque la nef de miel noir avec son capitaine barbu arrive au port, c’est le quai maçonnique du Victoria Hall qui la reçoit avec un soupir comme d’ailes apaisées, de jetées atteintes. Et c’est alors Pannonnica ou Blue Monk, trois ombres comme des épis entourent l’ours qui explore les ruches du clavier allant et venant parmi les abeilles déconcertées et les hexagones du son, il s’est à peine écoulé une minute et nous sommes déjà dans la nuit hors du temps, la nuit primitive et délicate de Thelonious Monk. Mais cela ne s’explique pas : a rose is a rose is a rose. Nous vivons une trêve, il y a un intercesseur, peut-être en quelque sphère est-il question de notre rachat. Et ensuite, quand Charles Rouse fait un pas vers le micro et que son saxo dessine impérieusement les raisons pour lesquelles il est là, Thelonious laisse tomber ses mains, écoute un instant, pose encore un léger accord de la main gauche et l’ours se lève en se balançant, gavé de miel et cherchant une mousse propice à la sieste, dégagé du tabouret il s’appuie sur le bord du piano, marquant le rythme du pied et du bonnet, les doigts glissent, d’abord sur le coté du clavier où il pourrait y avoir un cendrier et une bière mais il n’y a qu’un Steinway & Sons, puis ils commencent imperceptiblement un safari sur le bord de la caisse tandis que l’ours se balance en cadence parce Rouse et le contrebassiste et le percussionniste sont pris au filet du mystère de leur trinité et Thelonious voyage vertigineusement sans bouger, naviguant centimètre après centimètre, en direction de la queue du piano qu’il n’atteindra jamais, on sait bien qu’il ne l’atteindra pas car, pour l’atteindre, il lui faudrait plus de temps qu’à Phileas Fogg, plus de traîneaux à voile, plus de rapides de miel de sapin, d’éléphants et de trains durcis par la vitesse pour franchir l’abîme d’un pont effondré, en conséquence de quoi Thelonious voyage à sa manière, s’appuyant sur un pied puis sur l’autre, tanguant sur le pont de son Pequod ancré dans un théâtre et bougeant de temps en temps les doigts pour gagner un centimètre ou mille milles, s’immobilisant à nouveau, comme faisant le point avec un sextant de fumée et renonçant à aller plus loin et à atteindre le bout du piano, jusqu’à ce que sa main abandonne son appui et que l’ours vire lentement de bord et tout pourrait arriver à cet instant où l’appui lui manque, où il flotte comme un alcyon sur le rythme de Charlie Rouse qui est en train de poser les derniers longs, véhéments, admirables coups de pinceau de rouge et de violet, nous éprouvons le vide de Thelonious éloigné du bord du piano, l’interminable diastole d’un seul immense cœur où battent tous nos sangs, et exactement alors, son autre main se saisit du piano, l’ours se balance aimablement et revient nuage après nuage jusqu’au clavier, il le regarde comme pour la première fois, il promène dans les airs ses doigts indécis, les laisse tomber et nous sommes sauvés, il y a Thelonious capitaine, il y a navigation de nouveau et le geste de Rouse qui recule tout en décrochant son saxo ressemble à une remise de pouvoir, le légat qui rend au doge les clefs de la Sérénissime. » Le Tour du jour en quatre-vingts mondes. Paris, 1980 Gallimard : 82-84
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#362 |
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Merci, Claude, pour cette excellente et très fleurie caractérisation du grand maître, qui évoque quand même des souvenirs en moi, ayant vu Monk à Berne un ou deux jours avant ou après ce gig de Genève.
PS. Tu a fait la traduction française toi-même? |
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#363 |
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Monk in Bern
Salut Tom,
Non , je n'ai hélas pas les capacités de traducteur nécessaires. La pochette du double CD fait référence au texte de Cortazar. J'ai plongé dans les flots de Google pour lire cet article passionnant de Christine Bini qui m'a donné envie de lire le livre que j'ai fini par trouver sur le même Net en occasion. C'est donc la traduction originale que j'ai retranscrite à partir de l'édition Gallimard de 1980. Pour l'enregistrement de Berne, je n'ai pas trouvé de date en 1966, ni dans le détail des sessions de 1966, ni dans les références de Chris Sheridan. La seule version que je possède est l'enregistrement de 1961 Monk in Bern, d'assez mauvaise qualité sonore.
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#364 |
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Jazz sur Seine
Week-end de rêve à Paris:
Jeudi 03/21/13, découverte chez un disquaire de la perle rare, un ‘Round Midnight de Bud Powell oublié, à Copenhagen en 1962 !!! Le soir, concert du trio de Jobic Le Masson sur la péniche de l’Impromptu : public épars hélas mais superbe prestation, malgré l’absence de pièce de Monk (écouter le Bemsha Swing du CD Hill). Vendredi 03/22/13, vernissage de l’Exposition Noir & Blanc à La Garenne Colombes avec un invité de choix : Louis Joos, dessinateur du volume 2 de l’album BDmusic consacré à Thelonious Monk. Samedi 03/23/13, chez un antiquaire de la rue Oberkampf, achat d’une édition originale - de luxe - de « La danse des Infidèles, Bud Powell » de Francis Paudras (1986), dédicacée par l’auteur. Le soir, concert de Dan Tepfer et Ben Wendel au Sunside : Bemsha Swing à l’honneur avec un duo piano – basson remarquable. Sur leur nouveau disque un Pannonica et un Ask Me Now qui devraient déboucher, je l’espère, sur un hommage à Monk plus soutenu. Dan Tepfer, si cela ne vous est encore pas venu aux oreilles, est sans doute le pianiste à suivre du moment, reconnu grâce à sa formidable collaboration avec Lee Konitz. Mezzo vous offre un ‘Round Midnight qui mérite une palme. Un week-end de rêve, je vous dis !
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#365 |
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Nica’s Nightmare
En ouvrant La danse des Infidèles à la page 332, je trouve en regard de la photo de Pannonica une coupure de presse datée du 13 Décembre 1988, du Monde avec un article de Francis Marmande intitulé : « La mort de Charlie Rouse et de la baronne de Rothschild de Koenigswarter » qui commence par ces mots :
Le même jour, le 30 novembre dernier, ont disparu Charlie Rouse (saxophoniste ténor) et la baronne Nica Rothschild de Koenigswarter. Le premier, né en 1924 à Washington, avait joué plus de dix ans aux côtés de Thelonious Monk (de 1959 à 1970)… Dans le même temps, je reçois par poste le livre d'Hannah Rothschild : The Baroness: The Search for Nica, the Rebellious Rothschild publié en 2012 UNE VRAIE DECEPTION Pauvre excentrique qui se fait rattraper par sa famille, remettre dans le cadre pour parler franc. C’est Point de Vue & Images du Monde : La pauvre grande-tante qui se casse une côte en tombant, qui est si seule depuis que Monk est mort ! Frémissez bonnes gens, l’aristocratie est de retour dans les grandes largeurs. On y parle château, argent et gueux. On comprend mieux la fuite à New York… Pour retrouver l’icône telle qu’elle s’est incarnée et pour baigner dans le jazz des années Blue Note, mieux vaut éviter l’opus « Tout va très bien, Madame la Marquise » et se réconforter avec le livre Nica’s Dream The life and legend of the jazz baroness de David Kastin, paru en 2011, en écoutant le joyeux pied de nez de Steve Lacy sur Pannonica (School Days) !
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#366 |
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Gipéhel
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Re Pannonica
La baronne Nica Rothschild de Koenigswarter a été pour le Jazz une femme exceptionelle et on gommera sans pitié cet hommage douteux, signé par Hannah Rothschild.
En plus du livre de David Kastin je signalerai l'ouvrage de Laurent de Wilde "MONK" qui consacre tout un chapitre aux femmes de Monk avec quelques pages de toute beauté dédiées à Nica. Et en prime, voici un autre hommage par Dan Tepfer (piano) et Jean-Jacques Avenel (bass). [http://www.youtube.com/watch?v=QMCQ1lb0G6M/url] |
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#367 |
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Conversations With Myself
Les ‘Round Midnight de Bill Evans
Le disque Conversations With Myself est l’hommage incontesté de Bill Evans à Monk et son seul enregistrement en solo de ‘Round Midnight. Il débute sur des accords à la Debussy puis se développe en miroir, Evans répondant à Bill grâce aux réenregistrements superposés d’une rare élégance. La première version de 1960 est studieuse et sans relief avec la clarinette de Tony Bennett qui nous joue une berceuse peu convaincante. La version de Michel Legrand avec Miles et Coltrane ne vaut guère mieux avec son jeu de harpe, de vibraphone et de flûte hors cadre. Miles maîtrise déjà fort bien le sujet, on s’en doute, mais Bill est inaudible ou presque ! Il est tout aussi absent dans la magnifique version en sextet de Miles, par ailleurs parfaitement dans le ton tout comme Coltrane. Frank Minion tente la version perso avec des paroles approximatives et une justesse de ton et de rythme plus que douteuse. Les versions en trio sont difficiles à départager, mais jamais elles n’approchent la perfection du solo. Les dernières moutures de 1969, en particulier celle de You're Gonna Hear From Me sont à garder comme les plus remarquables. 1. Bill Evans & Tony Scott Quartet The Touch Of Tony Scott (07/06/1956) 2. Michel Legrand/Bill Evans Legrand Jazz (06/25/1958) 3. Miles Davis Sextet (Bill Evans) Four-Play (Washington 08/09/1958) 4. Bill Evans &Frank Minion Quartet The Complete Gus Wildi Recordings (01/1960) 5. Bill Evans Solo Conversations With Myself (02/09/1963) 6. Bill Evans Trio [B Evans (pn) Chuck Israels (b) Larry Bunker (dr)] Live At The Shelly's Manne-Hole (05/14/1963) 7. Bill Evans Trio [B Evans (pn) Chuck Israels (b) Larry Bunker (dr)] The Bill Evans Trio Live (The Trident Club, 05/14-19/1964) 8. Bill Evans Trio [B Evans (pn) Chuck Israels (b) Larry Bunker (dr)] On Unique Jazz (France, February, 1965) 9. Bill Evans Trio [B Evans (pn) Chuck Israels (b) Larry Bunker (dr)] Trio '65 (02/03/1965) 10. Bill Evans Trio [B Evans (pn) Palle Danielsson (b) Rune Carlsson (dr)] Live In Stockholm 1965 (11-19-1965) 11. Bill Evans Trio [B Evans (pn) Palle Danielsson (b) Rune Carlsson (dr)] Live In Stockholm 1965 (11-15-1965) 12. Bill Evans Trio [B Evans (pn) Teddy Kotick (b) Arnie Wise (dr)] The Secret Sessions (Village Vanguard March, 1966) 13. Bill Evans Trio [B Evans (pn) E Gomez (b) Joe Hunt (dr)] The Secret Sessions (Village Vanguard January 1967) 14. Bill Evans Trio [B Evans (pn) E Gomez (b) Joe Hunt (dr)] The Secret Sessions (Village Vanguard March 1967) 15. Bill Evans Trio [B Evans (pn) E Gomez (b) Philly Joe Jones (dr)] California Here I Come (Village Vanguard August 1967) 16. Bill Evans Trio [B Evans (pn) E Gomez (b) M Morell (dr)] Live at Art D'Lugoff's: Top of the Gate (10/23/1968) 17. Bill Evans Trio [B Evans (pn) E Gomez (b) M Morell (dr)] Live at Art D'Lugoff's: Top of the Gate (10/23/1968) 18. Bill Evans Trio [B Evans (pn) E Gomez (b) M Morell (dr)] Bill Evans: Waltz For Debby- Live In Pescara (07/18/1969) 19. Bill Evans Trio [B Evans (pn) E Gomez (b) M Morell (dr)] You're Gonna Hear From Me (Copenhagen, 11/2//1969) détails de la discographie sur http://www.jazzdisco.org/bill-evans/discography/ Quant à cette video youtube indicant une version de 1970 en Suède (?), elle parle d'elle-même! http://www.youtube.com/watch?v=3QwiTYBzU68
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#368 |
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Gipéhel
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Bill Evans : re
Il est judicieux de nous rappeler ici quel formidable interpréte de Round About Midnight était Bill Evans.
J'ajouterai juste à cette discographie très complète, une version rare enregistrée Au Penthouse de Seattle le 12 Mai 1966, en trio, avec Eddie Gomez basse et Joe Hunt drums, malheureusement introuvable ! La version de Youtube proposée par Claude en Suède serait du 20 Fevrier 1970 L'intégralité du concert est visible sur [http://www.youtube.com/watch?v=9b7XqQPwttk/url] Pour info, Round Midnight (complet) se trouve sur la vidéo à 42 min 45 s Attention cette vidéo ne comporte pas de bande son pour les 24 premières minutes, mais elle vaut le détour ! |
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